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Nicolas LAVROFF
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rubrique : Mindfulness - Pleine Conscience
L'APPROCHE THÉRAPEUTIQUE BASÉE SUR LA PLEINE CONSCIENCE - 1
publié le 24 janvier 2015 - lecture 8 min 622 73
Le présent article a pour ambition de présenter quelques interventions basées
sur l’approche de la pleine conscience, afin de faire connaître le potentiel thérapeutique de ces pratiques, dans différents contextes de soins prodigués aux
adultes.

Après avoir succinctement défini la pleine conscience, nous en évoquerons les
origines dans leurs grandes lignes. Puis, nous présenterons les principaux
domaines d’application, et développerons la thérapie cognitive basée sur la
pleine conscience pour la dépression, afin de préciser les processus impliqués
dans ce protocole de soin, d’en décrire les thèmes et les principaux exercices
didactiques. Enfin, nous nous proposerons de porter un éclairage sur l’implication
particulière des thérapeutes enseignant la pleine conscience, sans omettre
d’ouvrir sur les perspectives de développement de cette approche novatrice.

Provenance historique
Jon Kabat-Zinn (( 9 )) précurseur de l’utilisation de la pleine conscience dans un
cadre médical la définit ainsi « Mindfulness signifie pleine conscience, c’est-àdire
le fait de porter son attention sur le moment présent, avec intention, et sans
jugement de valeur sur ce qui vient » ou bien encore « d’amener toute sa vigilance
sur l’expérience de l’instant présent, moment après moment ».
Pour parvenir à cet état, il s’agit principalement d’utiliser des techniques
ancestrales de méditation, inspirées surtout des pratiques bouddhistes et développées, pour soulager la souffrance humaine. Différentes méthodes de méditation comme entre autres – la concentration sur un seul objet, la visualisation, l’engendrement de la compassion – mènent chacune à différents états méditatifs.

La concentration totale sur un objet d’attention unique est la forme la plus
élémentaire et la plus universelle de ces pratiques, puisqu’on la retrouve sous
différentes formes dans toutes les traditions spirituelles qui ont recours à la méditation.

Comme l’écrit Frédéric Rosenfeld (( 18 )) , médecin psychiatre, ces exercices de
l’esprit, gagnent peu à peu leurs droits d’entrée en terre scientifique. Des précurseurs, déterminés à comprendre leurs effets sur leurs pratiquants, cherchent à se plier aux exigences de l’approche scientifique. Qu’ils soient médecins, praticiens, et chercheurs ou psychologues cliniciens en quête de connaissance, tous partagentune curiosité ouverte et dépourvue d’idées préconçues.

L’un de ces pionniers en 1975, le cardiologue, Herbert Benson (( in 18 )) s’intéresse aux effets curatifs de la relaxation, au sein même du laboratoire de
l’université d’Harvard, qui avait mis en évidence les réactions physiologiques
engendrées par le stress. Il évalue et compare des pratiques de relaxation et observe une même réponse de l’organisme qu’il nomme la réponse de relaxation
(caractérisée par une baisse du tonus musculaire et un ralentissement du système
nerveux sympathique).

En 1985, Benson (( in 18 )) observe que l’organisme est soit stressé, soit détendu,
mais qu’il ne peut être les deux en même temps. Il en déduit une application
médicale de la relaxation et met au point la manoeuvre qui porte son nom :
• Asseyez vous confortablement
• Fermez les yeux
• Détendez vos muscles en commençant par les pieds
• Respirez par le nez et prenez conscience de votre respiration
Il mène ses recherches dans le laboratoire qu’il a recréé dans l’Himalaya,
auprès de méditants chevronnés (moines tibétains du dalaï-lama). Les chercheurs
observent les modifications métaboliques et enregistrent l’électro-encéphalogramme de ces moines méditants. Ils en concluent que la méditation engendre également la fameuse réponse de relaxation.

De retour aux États-Unis, Benson se penche sur d’autres techniques de méditation, issus d’autres courants spirituels (( 2 )) .
Il définit quatre caractéristiques communes à toutes les méthodes de méditation
étudiées. En 1987, Benson (( in 18 )) donne naissance au Big Four :
• Un environnement calme
• Un relâchement musculaire
• Une attitude passive
• Un certain état de concentration
À la lumière des travaux de Benson, la méditation apparaît comme une méthode
médicale efficace pour obtenir une réponse de relaxation.

La psychologie cognitive s’intéresse, elle aussi, à la question de la méditation.
En 1980, ses protagonistes (Lehrer, Schoiket et Carrington (( in 18 )) ) cherchent,
quant à eux, à démontrer les différences entre la détente engendrée par la relaxation et celle provoquée par la méditation. Dans le cadre de cette comparaison, les participants sont soumis à des situations de menace : les résultats indiquent que les méditants ont plus de résistance aux stress émotionnels que les sujets simplement relaxés. Méditer semble posséder un « plus » qui échapperait à la relaxation.

À la suite de ces études pionnières, les travaux se multiplient, encouragés par
le XIVe dalaï-lama, notamment à l’Université du Wisconsin où Richard Davidson
(( in 5 )) poursuit un programme aussi ambitieux que vaste : explorer les caractéristiques neuronales d’un cerveau de moine en activité méditative. Il observe que les pratiquants de la méditation présentent un lobe frontal plus irrigué et ce même en dehors de l’exercice de méditation. « Cet acte volontairement mental et purement cognitif, altère profondément la conscience et les équilibres physiologiques de l’organisme. Les pratiquants de la méditation sont capables de mieux contrôler leurs amygdales, ces parties du cerveau associées à la peur et à la colère… Non que les bouddhistes tibétains soient nés plus calmes, ou plus heureux que tout autre personne, mais ils ont développé des réponses méditatives au stress. » conclut le chercheur.

En 1995 au cours de travaux antérieurs sur le cerveau, Davidson (( in 18 ))
découvre que les zones situées dans l’amygdale et le cortex préfrontal droit sont
activées lorsque les personnes sont mises en situation de ressentir des émotions
négatives (colère, peur, tristesse). En revanche, lorsque les émotions sont
agréables (optimisme, enthousiasme, calme, bonne humeur), ces zones corticales
droites sont silencieuses tandis que le cortex préfrontal gauche augmente son
activité. A partir de là, Davidson met en évidence le rapport d’activité gauche -
droite dans les zones cérébrales étudiées, et tente de démontrer que ce rapport
coïncide avec l’humeur des volontaires. Après avoir effectué des mesures sur
des centaines d’individus, Davidson constate que cet indice permet de prédire
l’ambiance émotionnelle des sujets. Plus l’activité prédomine dans le cerveau
droit, plus les personnes ont un répertoire émotionnel de base orienté vers la
tristesse, la peur ou la colère. Au contraire, plus l’indice montre une prédominance
d’activité gauche, plus les volontaires ont un répertoire émotionnel positif
qui se manifeste par une prédisposition au calme, à l’humeur joyeuse.

En parallèle, l’index d’activité cérébrale moyenne des méditants bouddhistes de longue date révèle une activité plus importante de la zone corticale gauche.
Et si l’optimisme et le pacifisme des moines étaient le fruit de leur entraînement
mental ? Davidson et le dalaï-lama (( in 5 )) se demandent si le contexte
religieux est pour quelque chose dans cette attitude positive des méditants.
Peut on obtenir les mêmes résultats en enseignant la méditation de façon laïque, à des individus d’origine ethnique différente, croyants ou non?
Rendre accessible les pratiques méditatives, réservées jusqu’alors aux monastiques, et ce sans altérer la nature de ses effets bénéfiques, n’est envisageable qu’avec une connaissance profonde des traditions bouddhistes qui lui ont donné naissance.

L’enseignant zen vietnamien Thich Nhat Hanh (1996, (( in 14 )) ) a oeuvré à cette
recherche et il place la pleine conscience au centre de son enseignement. C’est lui
qui est à l’origine du mot mindfulness, traduction anglaise de Sati*. En pleine
guerre du Vietnam, transmettant les pratiques de la pleine conscience, il vient en
aide à la population. Un de ses premiers recueils traduits en anglais sous le titre
« The Miracle of Mindfulness » livre les correspondances de Thich Nhat Hanh
avec ces personnes soumises au stress insupportable de la guerre (( 15 )) . On y
trouve l’essence des pratiques ancestrales traduites par l’auteur pour venir en aide aux gens dans leur souffrance. Par la clarté de son enseignement, il est à l’origine de l’éclosion de la pleine conscience en Occident.

Jon Kabat-Zinn, quant à lui, va la faire connaître au monde médical et oeuvrer
à la mise en place de programmes de soins dans de nombreux domaines (( 8, 9, 10 )) .
À la fin des années 70, ce jeune docteur en biologie moléculaire, enseigne le Yoga
et pratique la méditation bouddhiste vipassana d’origine birmane. Convaincu des
bienfaits de l’association de ces pratiques, il cherche à en donner une forme plus
contemporaine, spécifiquement conçue pour soulager la détresse physique et
morale. Il suit son intuition de chercheur : l’attention guidée intentionnellement
vers l’instant présent unifie le corps et l’esprit. Cette pratique engendre une autre
attitude face à la vie. Kabat-Zinn poursuit ses investigations au Centre Médical
de l’Université du Massachusetts (UMass).

Il cherche une terminologie laïque pour transmettre l’essence de la posture méditative. « Cette essence est universelle, dans la mesure où elle cherche à affiner l’attention et la vigilance. Elle est un véhicule puissant pour travailler à l’exploration de son soi profond, à la recherche des causes ultimes de la souffrance, et pour s’en libérer ». Kabat-Zinn crée le programme thérapeutique de la Mindfulness Based Stress Reduction ou MBSR. Ce programme a pour ambition d’apprendre aux participants à gérer de façon autonome leurs soucis. Cela passe par l’acquisition d’une habileté personnelle, qu’ils pourront mettre à profit seul, une fois qu’ils en auront maîtrisé les principes en groupe.

Dans sa clinique de réduction du stress (Stress Reduction
Clinic) qu’il crée en 1979, Kabat-Zinn met rapidement en pratique son programme
MBSR auprès de personnes souffrant de douleurs physiques persistantes.
Davidson et al. (( 4 )) proposent de démontrer que les améliorations émotionnelles prodiguées par la pleine conscience évoluent en parallèle avec les particularités cérébrales gauche - droite. Leur voeu de tester des « cerveaux laïcs » peut se réaliser grâce aux volontaires mobilisés par Jon Kabat-Zinn. Après les huit semaines du programme MBSR, le ratio moyen des volontaires s’oriente vers la gauche. Ils se déclarent plus engagés dans leur travail, plus dynamiques et moins anxieux. Lorsqu’ils sont re-testés en EEG quatre mois après leur stage de méditation laïque, leur index émotionnel montre toujours la prévalence d’une activité cérébrale gauche. Les effets se montrent durables. De nombreux centres de soin prodiguent aujourd’hui le programme MBSR, permettant de secourir la détresse liée à un grand nombre de problèmes de santé. Bien des chercheurs et cliniciens permettent à cette approche de pénétrer dans le monde occidental sans pour autant qu’ils souscrivent au contexte culturel et religieux de la pleine conscience
(( 1 )) . Ils donnent naissance à des pratiques en vigueur dans des contextes médicaux variés (( 6 )) .


Auteur MUZELLEC

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Lao Tseu