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GRAINES DE POSSIBLES : REGARDS CROISÉS SUR L'ÉCOLOGIE
Pierre RABHI
et et Nicolas Hulot
éditions Le livre de Poche



A priori, on ne peut pas être plus différent : entre le Saharien frugal à la voix douce et le baroudeur médiatique, il semble qu'il n'y ait aucun point commun. Or Pierre Rabhi et Nicolas Hulot partagent une passion : celle de la planète sur laquelle nous vivons. Venus à l'écologie par des chemins aussi différents que leurs itinéraires personnels, ils se sont rencontrés en 2001 et le courant est passé immédiatement entre eux. Au fil d'un dialogue passionné et passionnant, Pierre et Nicolas, parcourant des domaines aussi variés que la science, la politique, l'éducation ou la religion, s'interrogent sur notre relation à la nature, le sens que nous donnons à la vie et notre responsabilité face au devenir de la planète. Si des désaccords se font jour entre Pierre Rabhi, écologiste utopique, prônant la décroissance soutenable, et Nicolas Hulot, le " pragmatique ", plutôt favorable à un développement durable, l'accord est parfait sur de nombreux sujets. Au-delà des spécificités de chacun, leur échange nous rappelle aux évidences et à l'essentiel, aux valeurs de la beauté et de la sobriété, de la compassion et de la solidarité pour réenchanter notre monde et honorer la vie.

Né dans le grand Sud algérien, ouvrier à Paris avant de devenir pionnier du bio en Ardèche, Pierre Rabhi a construit un concept, l'agro-écologie, qu'il pratique et enseigne sur le terrain dans plusieurs pays africains. Il est l'auteur de Le Chant de la Terre (La Table Ronde), L'Offrande au crépuscule (L'Harmattan) et Le Gardien du feu (Albin Michel). Nicolas Hulot est l'animateur-producteur de l'émission Ushuaïa sur TF1, et le fondateur de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme. Son dernier livre, Le Syndrome du Titanic, a été publié par Calmann-Lévy en 2004. Weronika Zarachowicz est Grand reporter à Télérama.




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EXTRAIT DU LIVRE



Chapitre premier
CHEMINS DE VIE

Nicolas Hulot : Ce qui m'a d'abord frappé chez toi, c'est ton incroyable itinéraire, du désert algérien jusqu'en Ardèche. Raconte-nous d'où tu viens...

Pierre Rabhi : Je suis né près de Bechar, dans une petite oasis du Sud algérien appelée Kenadsa. Une oasis qui a la particularité d'avoir été fondée au XVIIe siècle par Sidi M'hamed Ben Bouziane El Kandoussi, un maître soufi qui prônait la non-violence comme vertu fondamentale de l'existence. La confrérie de Zianias en est née, qui, par le charisme du maître, s'est spécialisée dans l'accompagnement des caravanes pour les protéger des brigands et rançonneurs. Je n'ai appris cela qu'à l'âge adulte, mais quelque chose m'avait comme imprégné. Peut-être l'ambiance de notre cité traditionnelle, organisée autour du mausolée séculaire méditatif comme gardien d'une belle conscience...

Mon père était forgeron, musicien et poète. Ma mère, elle, est morte alors que j'avais quatre ans. À l'époque, mon père a fait la connaissance d'un couple de Français, un ingénieur et une institutrice, venu travailler à la compagnie des Houillères, car notre sous-sol colonisé recelait du charbon. C'est par cette matière obscure que notre système traditionnel a été complètement bouleversé et que la modernité nous est arrivée. Une population gavée de lumière allait brutalement devoir tirer sa survie de ce monde de l'obscurité. Le temps de la montre allait abolir cette sorte d'éternité cadencée par le ciel, les prières et les fêtes. Le temps allait devenir argent.

Ce couple n'avait pas d'enfants et, comme mon père se préoccupait de mon avenir, ils lui ont proposé de m'éduquer. Mon père a accepté, à la condition que je reste un bon musulman. Et du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans une famille française. Jusqu'à l'âge de quatorze ans, j'ai fait des allers et retours entre ces deux univers.


N.H. : Comment l'as-tu vécu ?


P.R. : J'ai très rapidement ressenti cela comme un écartèlement. Je me souviens du premier choc violent de ce transfert de société, lorsqu'on m'a enlevé mes amulettes ! Dans le monde musulman, elles avaient pour fonction de me protéger, alors que chez les Occidentaux, elles étaient considérées comme l'un des attributs de l'obscurantisme. Ma mère adoptive me les a ôtées sans aucune malice, elle n'y accordait tout simplement pas d'importance.

J'étais en permanence interloqué par ces deux cultures qui m'enseignaient des valeurs totalement divergentes ou contradictoires. Par exemple, notre modèle musulman saharien nous encourage à vivre dans une certaine frugalité. Notre constitution physique d'hommes du désert, très sèche, témoigne d'ailleurs de cette vertu. Quand nous sommes invités à un repas, nous nous alimentons modérément et nous laissons toujours un peu de nourriture dans le plat pour prouver que nous avons mangé à satiété, même si ce n'est pas le cas. Le rot est alors un signe de politesse bienvenu pour marquer la satisfaction. Mais quand je rotais à table chez mes parents français, ce n'était pas du tout reçu de la même façon !

Ma mère adoptive, en Bourguignonne née dans le bon vin et la cuisine au beurre, me trouvait trop maigre. Elle s'était fait un point d'honneur à me faire prendre du poids. C'était là un engagement très présomptueux, mon ventre s'y opposant malgré moi !

Des contradictions existaient aussi en matière d'hygiène. Dans ma famille européenne, on considérait les Arabes comme des gens sales. À l'inverse, les Européens, qui mangent du porc ou boivent du vin, étaient mal vus chez les musulmans, où l'on associait la saleté à un manque de pureté. Et puis, à l'école coranique, on m'avait inculqué le credo fondamental de l'islam, à savoir que Dieu n'a ni engendré ni été engendré. Chez les chrétiens, j'ai appris que Dieu avait envoyé son fils pour sauver l'humanité...

N.H. : Ça n'a pas dû être facile de concilier tout cela?


P.R. : Oh non, d'autant plus que j'aimais les deux mondes ! Ma mère me faisait faire des costumes sur mesure, je portais des gants de cuir, j'avais un abonnement au théâtre lyrique et vibrais en écoutant Wagner et Beethoven... Mais le petit morveux du désert avec ses pieds nus, sa djellaba et sa poussière était toujours là. J'ai grandi dans ce chaudron de la contradiction, constamment tiraillé entre islam et christianisme, entre tradition et modernité, et entre Nord et Sud. Je devais apprendre par la suite que j'étais en plus natif du signe des Gémeaux. Quelle cuisine pouvais-je faire avec des ingrédients aussi disparates ? Comme je ne pouvais espérer le secours de personne, je me suis constitué une sorte d'alchimie intérieure.


N.H. : Quand as-tu quitté l'Algérie ?


P.R. : En 1958-1959, pendant la guerre. J'étais alors dans une double exclusion. Je n'étais plus en accord avec ma famille musulmane pour avoir choisi la religion catholique à l'âge de seize ans, et j'avais eu un petit conflit avec mon père d'adoption qui m'avait mis à la porte au moment même du drame algérien.

Quand je suis arrivé en France, je n'avais plus aucune appartenance. Sur le moment, quand on vit des choses difficiles, on a hâte qu'elles s'arrêtent. Puis, avec le recul, on comprend que les épreuves nous initient, que les scories de la vie jouent un rôle fondamental dans notre évolution. La vie est un chemin initiatique, fait d'éléments qui nous orientent et nous construisent. La souffrance nous émousse ou nous aiguise. J'ai souvent frôlé le risque d'être émoussé au point d'y perdre mon identité. Heureusement, je lisais énormément. Ça m'a sauvé. En me plongeant dans Socrate, j'ai rapidement compris que l'humanité avait toujours souffert. Ces lectures m'ont permis de traverser les épreuves et de me rendre compte que, sans une initiation difficile, il n'y a pas d'évolution.


N.H. : Les épreuves sont initiatrices et constructrices. Mais il ne faut pas oublier que dans de tels instants, tout peut très vite basculer d'un côté ou de l'autre. S'il y a pénurie d'énergie, la moindre épreuve supplémentaire peut vous entraîner et vous laisser au fond. Inversement, il y a une part de chance quand on parvient à surmonter ces épreuves, grâce à l'énergie que l'on porte en soi.

Mais c'est un équilibre fragile dont il ne faut tirer aucune fierté. Il est possible de basculer dans l'aigreur, le désespoir, la criminalité ou l'immobilisme à tout moment. Ou même dans la révolte, qui vous place définitivement en marge de la société, de ses codes et de sa structure.


P.R. : Comme toi, j'ai eu à certains moments la tentation de la violence. J'ai préféré le compost aux bombes, l'agro-écologie comme rébellion positive. Mais le basculement aurait pu se faire très rapidement du mauvais côté.


N.H. : C'est à ce moment précis que les garde-fous doivent opérer. Dans mon cas, heureusement que certains principes d'éducation que m'ont donnés mes parents ont été efficaces ! Je suis passé par les collèges religieux jusqu'à l'âge de treize ans, et je ne rejette pas non plus cette partie de mon éducation. Si ces lieux représentaient les extrêmes d'un système liberticide absolu, ils m'ont aussi fourni des outils, des repères, face à ce qui aurait pu devenir des divagations définitives.


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