
On l’oublie trop vite : la peau est notre plus vaste organe.
Avec ses quelques 1,5 à 2 mètres carrés, elle nous enveloppe, nous délimite et nous relie les uns aux autres. Frontière entre le soi et le non-soi, entre ce que nous sommes et ce qui nous touche, c’est en elle que se nichent, lovées sous notre épiderme, des milliers de terminaisons nerveuses, véritables sentinelles sensorielles prêtes à détecter un signal, une pression ou un simple effleurement.
Dès les années 1950, le psychologue Harry Harlow montrait que de jeunes singes séparés de leur mère préféraient se blottir contre une effigie recouverte de tissu doux plutôt que contre une autre, munie d’un biberon. Plus récemment, la pandémie de Covid-19 a créé, malgré elle, les conditions d’une expérience à grande échelle : pour beaucoup, le manque de contact physique a été vécu comme une véritable souffrance.
Le toucher, un sens primordial ?
Mais depuis les années 2000, les neurosciences ont mis en lumière une autre dimension du toucher : sa fonction affective.
Celle-ci repose en partie sur un réseau sensoriel encore méconnu : les fibres C-tactiles (CT). Ces fibres nerveuses lentes, non myélinisées, situées dans la peau couverte de poils, sont spécifiquement sensibles aux effleurements doux, à vitesse lente (environ 3 cm/seconde), typiques des caresses. Contrairement aux voies tactiles classiques, leur rôle n’est pas de renseigner sur la texture ou la forme, mais d’envoyer au cerveau un signal de réconfort.
Elles envoient leur signal vers l’insula (*), région impliquée dans la perception intéroceptive et la régulation émotionnelle, ainsi que vers des circuits associés au système nerveux parasympathique. Leur activation entraîne :
– un ralentissement du rythme cardiaque et respiratoire,
– une diminution du cortisol,
– une sensation accrue de sécurité,
– une modulation de la douleur
– libération d’ocytocine, hormone du lien
Une méta-analyse récente publiée dans Nature confirme que le toucher bienveillant réduit significativement l’anxiété, la douleur et les symptômes dépressifs — avec un effet plus marqué lorsqu’il est humain, incarné, intentionnel.
Le toucher constitue donc un levier neurophysiologique de régulation et un pilier du lien d’attachement, dès la naissance et tout au long de la vie.
Dans un monde médical de plus en plus technique, rappeler la valeur du geste humain, du contact physique conscient et respectueux, prend un sens essentiel.
Ces gestes s’inscrivent pleinement dans la biologie de la sécurité et du lien.
(*) Partie du cerveau enfouie au niveau d'un des sillons du cerveau et traitant principalement des informations végétatives, douloureuses, olfactives et gustatives.
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On ne mesure sans doute pas assez la force de la tendresse qui se communique de peau à peau, d'âme à âme, de coeur à coeur.
Si nous pouvions seulement être là, ralentir notre rythme, nous mettre à l'écoute, ouvrir nos antennes les plus fines pour percevoir les attentes, les besoins les plus subtils, mettre dans nos mains toute l'attention et le respect dont nous sommes capables et garder confiance dans la danse de la vie.
Marie de Hennezel
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Mots clés : peau
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