Il a longtemps semblé évident que les femmes s'occupaient des bébés et les hommes d'autre chose. N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Lorsque la science de l'évolution est apparue, elle a entériné cette vénérable division du travail : les mâles mammifères ont évolué pour rivaliser entre eux afin d'accroître leur statut et le nombre de leurs partenaires, tandis que les femelles assuraient la gestation, l'allaitement et les soins de la progéniture des vainqueurs. Mais, au XXIe siècle, de plus en plus d'hommes s'occupent tendrement de nouveau-nés. Faut-il simplement l'attribuer à des changements politiques, sociaux et culturels ?
Selon Sarah Blaffer Hrdy, ceux-ci ont plutôt permis à un potentiel biologique latent de pleinement s'exprimer. On ne s'est intéressé que tardivement à ce qui se produit dans le corps et le cerveau des hommes qui prodiguent des soins à des bébés. Or, chez ceux-là, des scientifiques ont observé des bouleversements neurologiques et hormonaux comparables à ceux identifiés de longue date chez les femmes qui deviennent mères. Ces dispositions méconnues qui ne demandent qu'à être (ré)activées paraissent d'autant plus inattendues que, si l'investissement paternel est attesté chez de nombreuses espèces d'oiseaux, de poissons et même d'insectes, ce comportement est extrêmement rare chez les mâles mammifères, en particulier chez les grands singes les plus proches de nous. Comment est-il alors apparu dans notre lignée ?
En éclairant l'évolution de l'humanité sous un jour surprenant, cet ouvrage magistral nous conduit à envisager autrement les définitions de la masculinité et à mesurer leurs implications pour la société et notre espèce.
MON AVIS 
Ce livre m'a vraiment marqué.
J'ai souvent entendu parler de la paternité sous l'angle de la culture, de la civilisation et de la sociologie. Les chercheurs analysent les rôles, les modèles et les époques. Mais ce que propose Sarah Blaffer Hrdy est différent. Elle considère la relation entre les hommes et les bébés comme un anthropologue, une éthologue et une biologiste. Et cela change complètement la façon de voir les choses.
Ce que je retiens de ce livre, c'est qu'il montre qu'il n'y a pas de « bon père de famille » idéal. Cette expression a même disparu des textes de loi en France, et ce n'est pas sans raison. Être père ne consiste pas à jouer un rôle figé ou à adopter une posture morale. C'est plutôt une transformation qui se produit.
Et cette transformation ne vient pas d'une méthode, d'un idéal, d’une désignation social, d’un statut ou uniquement de la biologie. Elle ne vient pas non plus d'un discours. Elle vient de la relation entre le père et le bébé.
Ce sont les bébés qui font les pères. C'est en ce mettant le lien avec eux que quelque chose se modifie, à la fois physiologiquement et intérieurement.
Sarah Blaffer Hrdy montre, en s’appuyant sur des recherches scientifiques révèle que lorsque les hommes s'occupent régulièrement de bébés, leur corps change. Leur taux de testostérone diminue et leur taux d'ocytocine augmente. Le contact peau à peau, le regard et le babillage ont un impact mesurable. Ce n'est pas une idée, c'est une réalité inscrite dans le vivant et dans les prélèvements biologiques.
Ce livre m'a touché parce qu'il met le bébé au centre. Non pas seulement comme un être fragile qui a besoin d'être protégé, mais aussi comme une force qui peut transformer les personnes qui l’entourent.
Avoir un bébé dans les bras en tant que père peut sembler simple tant ils ont léger en poids, mais cela représente en réalité une grande responsabilité. Le poids symbolique et l'engagement dans la durée sont énormes pour les hommes qui vivent de manière occidentale.
Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que l'auteur ne réduit pas cette transformation à une évolution sociale récente. Elle montre que les changements culturels ont permis à un potentiel biologique latent de s'exprimer. Comme si quelque chose était là depuis longtemps, attendant de se manifester. En observant aussi que le prendre soins exister aussi depuis bien longtemps dans des sociétés tribales comme chez les Pigmés Aka du Cameroun.
Pour moi, c'est un livre très important. Il permet aux professionnels d'accompagner les pères de manière différente. Il permet aux pères de se sentir moins enfermés dans des modèles traditionnels. Et plus largement, il nous invite à adopter un regard plus humble sur notre condition humaine.
Ce livre rappelle que ce n'est pas l'idée d'être père qui transforme les gens. C'est la rencontre avec le bébé qui est vraiment transformatrice.
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