« Pendant les années de guerre, j’ai été privé de toute relation. Après la guerre, j’ai été placé dans une institution. Dans ce désert affectif, où la plupart des enfants s’éteignent, j’ai réussi à m’évader en découvrant les mondes animaux. Comme il n’y avait personne à rencontrer, je m’échappais par une déchirure du grillage pour aller parler au chien du voisin. Il m’accueillait avec joie quand je lui racontais mes malheurs. Ce chien m’a beaucoup aidé. Mes seules relations humaines, je les avais avec des bêtes.
Est-ce la raison pour laquelle j’ai toujours pensé qu’en étudiant les animaux on pourrait mieux comprendre la condition humaine ? » B. C.
Les enfants en carence affective risquent de devenir des adultes violents. La parole humaine, source de créativité, engendre aussi l’horreur des guerres de croyance.
Comparant les animaux et les hommes, convoquant une somme inégalée de connaissances et d’expériences cliniques, Boris Cyrulnik nous fait ressentir et comprendre la violence du monde et les racines de la guerre.
Poursuivant son exploration conjuguée de l’âme humaine et des mondes animaux, Boris Cyrulnik nous livre ici une œuvre magistrale, où l’on découvre un savant derrière le conteur et le sage.
MON AVIS

J'ai trouvé cet ouvrage particulièrement accessible malgré les sujets qu'il aborde. Boris Cyrulnik y vulgarise avec beaucoup de clarté les mécanismes de l'attachement, les conséquences des carences affectives précoces et les conditions qui peuvent favoriser l'apparition de certaines souffrances psychiques. Sans tomber dans des promesses simplistes, il montre aussi les ressources qui permettent parfois d'en modifier l'évolution.
Ce qui m'a le plus intéressé est son regard éthologique. Cyrulnik rappelle que, malgré toute la richesse de notre vie psychique, nous restons des mammifères. Observer les comportements animaux permet alors d'éclairer certains de nos fonctionnements les plus fondamentaux. Cette perspective fait écho aux travaux de Michel Odent, qui rappelle lui aussi combien notre biologie et nos comportements instinctifs continuent d'influencer la naissance et les premiers liens.
J'ai également apprécié les passages où l'auteur raconte son propre parcours, marqué par les carences affectives de son enfance, ainsi que la manière dont il présente le cheminement de John Bowlby, ancien éducateur devenu psychanalyste et fondateur de la théorie de l'attachement. Ces éléments donnent une profondeur particulière aux concepts qu'il développe.
L'un des apports du livre est aussi de montrer ce qui distingue l'humain des autres animaux. Là où nos comportements sont profondément enracinés dans notre héritage de mammifères, notre capacité à produire du langage, des représentations symboliques et des croyances constitue une formidable ressource de créativité. Mais cette même capacité peut aussi nous éloigner du réel lorsque nos représentations deviennent plus fortes que l'expérience vécue. Cette réflexion m'a particulièrement parlé. J'y retrouve un écho avec la sophrologie existentielle : lorsque nos représentations prennent toute la place, le retour à l'expérience concrète du corps, des sensations et de la rencontre avec le réel peut constituer un premier appui pour amorcer un changement.
Au final, j'ai trouvé ce livre à la fois agréable à lire, riche et accessible. Il offre une belle porte d'entrée pour comprendre l'importance de l'attachement, des interactions précoces et de l'éthologie dans la compréhension de l'être humain. Une lecture que je recommande à celles et ceux qui souhaitent explorer ces questions sans avoir besoin de connaissances préalables.