www.Theraneo.com est une plateforme qui regroupe des sites de thérapeutes
En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies, en savoir plus
FERMER

NAÎTRE ET EXISTER
Gabriel VOISIN EI
Sophrologue Existentiel et Educateur HypnoNaissancesophrologie, stress, grossesse, accouchement, naissance
Naître et Exister
Gabriel VOISIN
LIVRES
LIVRES

LIVRES
PSYCHO

L'ACCOMPAGNEMENT EN SANTÉ MENTALE

Clément BONNET
éditions Érès | Psychologie | 4
Travailler en santé mentale, que ce soit dans le champ sanitaire, médico-social ou social, c'est se confronter en permanence à la question de l'aide à une personne qui souffre dans sa vie psychique. L'accompagnement est devenu une modalité essentielle d'intervention, aussi il est nécessaire de bien comprendre ce concept devenu extensif. Dans cet ouvrage clair et synthétique, Clément Bonnet explore cette "nébuleuse" de l'accompagnement et décrit les différentes formes qu'il prend dans les pratiques actuelles des équipes sanitaires et médico-sociales. Ce qui constitue la relation d'accompagnement est une relation interpersonnelle, qui demande de se situer entre guider, conduire et escorter, et où l'essentiel passe par la rencontre. L'accompagnement n'est pas un métier, c'est plutôt une fonction caractérisée par une posture professionnelle spécifique où il faut laisser toute sa place à la personne accompagnée, sans se substituer à elle ni mettre en avant son savoir. L'auteur en fait l'éloge et soutient qu'il est l'axe d'une nouvelle militance en santé mentale qui intègre le rôle des couples (GEM, clubs thérapeutiques, club-houses, couples aidants...) et les relations familles-professionnels.
 
MON AVIS
J’ai trouvé L’accompagnement en santé mentale de Clément Bonnet particulièrement intéressant, notamment parce qu’il permet de replacer les pratiques actuelles dans une perspective historique.

En retraçant l’évolution de la manière dont une société prend en charge les personnes souffrant de troubles psychiques, l’auteur montre le passage progressif d’une psychiatrie largement organisée autour de l’hospitalisation et de l’enfermement à une conception plus ouverte de l’accompagnement, faisant davantage de place au médico-social et au social.

Cette perspective historique permet de mieux comprendre les dispositifs qui existent aujourd’hui. Les foyers de vie, les établissements médico-sociaux, les projets d’accompagnement personnalisés, le travail avec les familles ou encore les différentes formes de soutien à l’autonomie sont finalement des constructions relativement récentes à l’échelle de l’histoire de la psychiatrie. On comprend alors mieux pourquoi le système actuel reste imparfait : il est encore en construction et dépend aussi largement des moyens qui lui sont consacrés.

Une distinction développée dans le livre m’a particulièrement intéressé : celle entre le cure et le care. Le cure renvoie davantage au traitement, au soin thérapeutique, tandis que le care renvoie au fait de prendre soin de la personne dans son quotidien et dans sa globalité.

Cette distinction me paraît particulièrement éclairante dans le champ médico-social. Prendre soin, ce n’est pas seulement traiter un trouble. C’est aussi veiller à ce qu’une personne ait un toit, puisse manger correctement, soit accompagnée dans son quotidien, maintienne des relations, trouve une place dans la vie collective et conserve, autant que possible, une capacité d’agir sur sa propre existence.

Et ce care n’est pas seulement une succession d’actes pratiques. Il passe aussi par la relation. Être présent, écouter, connaître la personne, repérer ses habitudes, ses fragilités et ses ressources, créer une relation de confiance : tout cela participe aussi du soin, même si ce n’est pas du soin médical au sens strict.

C’est finalement ce qui rejoint une autre idée forte du livre : l’accompagnement n’est pas simplement un métier ou une technique. C’est avant tout une posture. Accompagner ne signifie pas faire à la place de l’autre, ni imposer son savoir, mais trouver une manière d’être auprès de la personne qui lui permette de rester actrice de son propre parcours.

C’est d’ailleurs sur ce point que mes réserves apparaissent. Je suis convaincu de la nécessité de favoriser autant que possible la présence des personnes souffrant de troubles psychiques dans la vie ordinaire et de ne pas réduire leur existence à leur maladie. Mais je reste plus prudent lorsqu’il s’agit de penser cette réintégration sans prendre suffisamment en compte les questions de discernement, de dangerosité ou de capacité à se protéger soi-même et à protéger les autres. Il me semble que l’humanisation de l’accompagnement ne peut pas faire disparaître cette dimension de la réalité.

En revanche, je rejoins pleinement l’auteur lorsqu’il souligne la nécessité d’une meilleure articulation entre le sanitaire, le médico-social et le social. Mon expérience professionnelle récente dans le médico-social m’a particulièrement sensibilisé à cette question.

Les psychiatres, les infirmiers en psychiatrie et les autres professionnels du soin ne peuvent pas être présents uniquement à l’hôpital ou dans les centres médico-psychologiques lorsque les personnes vivent au quotidien dans des foyers et des établissements sociaux ou médico-sociaux. Il me semblerait particulièrement pertinent que le soin puisse davantage s’inscrire dans ces lieux de vie, afin que les dimensions médicale, psychique, sociale et éducative puissent réellement dialoguer autour de la même personne.

Le cure et le care ont des fonctions différentes, mais ils concernent finalement la même personne. Les séparer trop fortement peut conduire à perdre une partie de sa réalité. À l’inverse, mieux les articuler permettrait de construire un accompagnement véritablement global, dans lequel le traitement d’un trouble et le fait de prendre soin d’une personne ne seraient plus pensés comme deux choses étrangères l’une à l’autre.

Aujourd’hui, chacun semble encore parfois rester dans son champ de compétence : le médical peut hésiter à entrer dans le social, le social peut hésiter à intervenir sur le terrain du soin, et chacun peut avoir tendance à préserver son statut et ses propres repères professionnels. Même lorsque la volonté de travailler ensemble existe, nous restons encore très attachés à nos spécialisations.

Le livre montre finalement que cette séparation est aussi le produit d’une histoire. Les pratiques actuelles sont le résultat d’une transformation profonde, mais cette transformation n’est pas achevée.

C’est probablement ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage : il permet de prendre un peu de recul sur nos pratiques contemporaines. Ce qui nous paraît aujourd’hui évident dans l’accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques est en réalité le fruit d’une évolution relativement récente. Et si le modèle actuel reste imparfait, il ne faut peut-être pas seulement y voir un échec : il faut aussi le considérer comme une construction encore jeune, qui reste à faire évoluer.

Un ouvrage clair et accessible, qui invite moins à prendre position qu’à interroger notre manière d’accompagner les personnes en santé mentale et la place que nous leur accordons dans la société.
LES AUTRES LIVRES DE CETTE RUBRIQUE



POSTER UN COMMENTAIRE

indiquez votre nom ou pseudo


homme    femme
 

cliquez-ici pour choisir votre photo
sinon une photo sera choisie au hasard
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 





Démarcharge commercial interdit
« Changer le monde, c'est d'abord changer notre façon de naître » Michel Odent