
La
Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en juillet 2026 ses premières recommandations de bonnes pratiques sur les acouphènes invalidants chez l’adulte. Ces textes apportent un cadre officiel pour mieux diagnostiquer, comprendre et accompagner ce symptôme, souvent mal compris et pourtant très présent dans la population : les acouphènes concernent environ 10 à 19% des adultes, avec une gêne parfois très importante pour une partie d’entre eux.
En tant que sophrologue spécialisée dans les troubles de l’audition (acouphènes, hyperacousie, vertiges) et référente du
Pôle Sophrologie & Acouphènes au sein de l’équipe AFREPA de l’Eure, je vous propose ici une lecture de ces recommandations, et la façon dont elles s’articulent avec ma pratique au quotidien.
Un cadre officiel pour mieux reconnaître les acouphènesLes acouphènes ne sont pas une maladie mais un symptôme : la perception de sons (bourdonnements, sifflements, grésillements…) sans source sonore extérieure identifiable. Ils peuvent être intermittents ou constants, plus ou moins intenses, associés ou non à une baisse d’audition, à une hyperacousie, à des vertiges ou à d’autres troubles.
La HAS considère un acouphène comme persistant ou chronique lorsqu’il est présent depuis au moins 6 mois, et comme invalidant lorsqu’il impacte significativement la qualité de vie (sommeil, concentration, vie sociale, émotionnelle, professionnelle). Les recommandations insistent sur le fait que ce symptôme doit être pris au sérieux, pour éviter les errances diagnostiques et les réponses trop rapides du type “il n’y a rien à faire”.
Un parcours de soins mieux structuréLa recommandation décrit un parcours de soins en plusieurs étapes :

Une consultation initiale, souvent chez le médecin généraliste, pour recueillir l’histoire de l’acouphène, le contexte d’apparition, les facteurs de risque et les éventuels signes qui nécessitent une prise en charge urgente.

Un bilan spécialisé ORL, avec des examens auditifs et, si besoin, des examens d’imagerie (IRM), afin de rechercher une cause, caractériser l’acouphène et évaluer la situation globale de l’audition.

Une évaluation du retentissement sur la vie quotidienne, à l’aide d’outils validés comme le questionnaire Tinnitus Handicap Inventory (THI), utilisé pour mesurer la gêne ressentie et suivre l’évolution dans le temps.

Une consultation de synthèse, pour expliquer les mécanismes possibles des acouphènes, rassurer sur les causes lorsqu’elles sont identifiées, clarifier les options thérapeutiques et élaborer avec le patient un projet de prise en charge personnalisé.

Cette démarche renforcée a un objectif : remettre du sens dans le parcours de soins, éviter les errances (multiplication de consultations sans explications claires) et co-construire avec la personne une stratégie thérapeutique adaptée à son profil, à ses attentes et à son vécu.
Une prise en charge pluridisciplinaire et coordonnéeLa HAS insiste sur une prise en charge personnalisée, coordonnée et adaptée, confiée à un médecin (généraliste ou ORL) qui assure le fil conducteur du parcours, en lien avec les autres professionnels nécessaires : audioprothésistes, psychologues, orthophonistes, kinésithérapeutes, sophrologues, etc..
Le modèle mis en place depuis 2009 par l’AFREPA (Association Française des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie)
est ainsi officiellement reconnu : des équipes qui rassemblent différents professionnels autour du patient pour mieux articuler diagnostic, stratégies sonores, accompagnement psychocorporel et soutien psychologique.
Cette pluridisciplinarité est particulièrement importante pour les personnes qui présentent des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales, ou pour celles dont les acouphènes sont associés à une hyperacousie, des vertiges ou des troubles douloureux chroniques.
Quelle place pour la sophrologie dans ce parcours ?La HAS rappelle que seuls certains traitements ont aujourd’hui démontré scientifiquement leur efficacité pour réduire la détresse liée aux acouphènes, notamment les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et, dans certains cas, la thérapie sonore par aides auditives ou l’implant cochléaire en situation très invalidante.
Les approches psychocorporelles (sophrologie, hypnose, etc.) sont citées comme des compléments possibles pour aider à mieux gérer le stress, l’anxiété, la focalisation et les troubles du sommeil associés aux acouphènes.
Concrètement, la sophrologie ne “supprime” pas les acouphènes. Elle contribue à mettre en place un processus d’habituation et à diminuer la place mentale et émotionnelle qu’ils occupent, en aidant la personne à :

mieux comprendre son propre fonctionnement (réactions corporelles, émotionnelles, comportements d’évitement),

développer des ressources de régulation du système nerveux (respiration, détente musculaire, pauses sensorielles, ancrage corporel),

prendre du recul par rapport au symptôme, réduire les anticipations anxieuses et les scénarios catastrophes,

réintroduire progressivement des activités vécues comme impossibles (sorties, échanges sociaux, concentration, loisirs).
La sophrologie s’inscrit donc dans une logique de qualité de vie et de auto-régulation, en complément du suivi médical et des éventuelles stratégies sonores ou psychothérapeutiques.
Comment ces recommandations s’articulent avec ma pratique au quotidienDans mon cabinet, ces recommandations HAS confortent et clarifient ce que je mets en place depuis plusieurs années au sein du Pôle Sophrologie & Acouphènes et de l’équipe AFREPA de l’Eure.
1. Un accompagnement en cohérence avec le parcours de soinsJe n’interviens jamais “en premier”, mais après ou en parallèle du bilan médical : le passage chez le médecin ORL est essentiel pour exclure certaines causes, objectiver l’audition et sécuriser le parcours. Mon travail vient ensuite en complément, lorsque la personne a besoin d’aide pour gérer la gêne au quotidien, le stress, l’anxiété ou la fatigue qui s’installent.
2. Des parcours structurés et progressifsJe propose des séances et des parcours construits pour agir sur plusieurs axes :

régulation du système nerveux (respiration, détente, activation contrôlée, récupération),

gestion de l’anxiété et des pensées intrusives (“ça ne s’arrêtera jamais”, “je ne vais jamais m’y faire”),

intégration corporelle en cas de vertiges, de troubles de l’équilibre ou d’hyperacousie,

mise en place progressive d’un processus d’habituation aux acouphènes et à l’hyperacousie, avec des temps d’exposition contrôlés et sécurisés.

Des outils comme le questionnaire THI peuvent être utilisés pour objectiver le retentissement et suivre l’évolution au fil des séances, en lien avec les médecins qui suivent la personne.
3. Une pratique centrée sur l’autonomie, la décision partagée et la compréhension des symptômesLes textes de la HAS mettent en avant la décision médicale partagée et l’information claire sur les options thérapeutiques. Dans ma pratique, cela se traduit par une posture où :

la personne est invitée à comprendre ses symptômes, ses réactions, les liens possibles avec son histoire ou son contexte de vie,

elle est encouragée à exprimer ce qui est le plus difficile (sons, émotions, situations),

elle apprend à expérimenter des outils et à repérer ceux qui lui conviennent le mieux, pour gagner en autonomie et ne pas dépendre uniquement de la présence du praticien.
Je vois chaque séance comme un espace pour remettre du sens, restaurer des repères corporels, émotionnels et cognitifs, et aider la personne à redevenir actrice de son parcours, plutôt que de subir en silence.
Et pour vous, concrètement ?Si vous souffrez d’acouphènes, d’hyperacousie ou de vertiges, ces recommandations HAS signifient plusieurs choses :
Votre symptôme est reconnu. Il n’est plus réduit à “c’est dans votre tête” ou “on ne peut rien faire”.Il existe un parcours de soins structuré qui commence par un bilan médical et peut intégrer différentes approches selon vos besoins.
Vous avez un rôle clé : comprendre, poser des questions, participer aux choix de vos traitements, exprimer ce que vous vivez réellement.
En tant que sophrologue spécialisée, mon rôle est de vous accompagner sur le versant vécu et régulation : apaiser le stress, mieux dormir, retrouver des repères corporels, élargir à nouveau votre champ d’attention au-delà des acouphènes, et construire, pas à pas, une manière de “vivre avec” plus supportable et plus stable.
Si vous souhaitez en parler ou mettre en place un accompagnement, vous pouvez en discuter avec votre médecin ORL, puis me contacter pour voir ensemble ce qui serait le plus adapté à votre situation.Recommandations HAS acouphènes juillet 2026
© Stéphanie DUMONT GINFRAY
reproduction intégrale interdite, tout extrait doit citer mon site www.theraneo.com/stephanie-dumont-ginfray-sophrologue
Mots clés : sophrologie, acouphènes, orl, afrepa, audition
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