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NAÎTRE ET EXISTER
Gabriel VOISIN EI
Sophrologue Existentiel et Educateur HypnoNaissancesophrologie, stress, grossesse, accouchement, naissance
Naître et Exister
Gabriel VOISIN
LIVRES
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PSYCHO

LE DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNE

Carl Ransom ROGERS
éditions Interédition | Psychologie | 8
C'est en 1968 que paraît Le Développement de la personne, traduction française du best-seller de Carl Rogers On becoming a Person. Dans cette oeuvre maîtresse, Carl Rogers met l'accent sur les différentes formes de la communication. Il s'intéresse particulièrement aux formes de relations d'aide (thérapeutiques, pédagogiques), qui favorisent une meilleure appréciation des ressources latentes de l'individu, ainsi qu'une plus grande possibilité d'expression. A l'occasion de cette nouvelle présentation, la bibliographie en français des oeuvres de Carl Rogers a été actualisée.
 
MON AVIS
Une lecture qui éclaire le processus thérapeutique et la relation à soi

Il y a des livres qui nous apportent des connaissances nouvelles. Et puis il y a ceux qui viennent éclairer, avec des mots différents, des intuitions et des expériences que nous avons déjà rencontrées sur notre chemin.

Le développement de la personne, de Carl Rogers, appartient pour moi à cette seconde catégorie.

Au fil des chapitres, j'ai découvert une pensée profondément humaniste qui place l'expérience vécue, la qualité de la relation et la capacité de la personne à devenir actrice de son propre développement au cœur du processus thérapeutique.

L'une des idées qui m'a particulièrement marqué est celle de l'actualisation : cette capacité de l'être humain à évoluer, à intégrer de nouvelles expériences et à transformer progressivement sa manière d'être au monde.

Rogers décrit notamment un processus thérapeutique qui conduit progressivement d'une certaine rigidité intérieure vers davantage d'ouverture à l'expérience, de fluidité et d'autonomie. La personne apprend peu à peu à mieux reconnaître ce qu'elle ressent, à accueillir ses émotions, à prendre de la distance avec certaines représentations d'elle-même et à faire davantage confiance à son expérience présente.

Cette autonomie ne concerne pas seulement le rapport à soi. Elle se manifeste aussi dans les relations aux autres : être davantage capable de communiquer avec authenticité, de reconnaître ses besoins et ses sentiments, de faire ses propres choix et de ne plus dépendre systématiquement du regard ou de la validation extérieure.

La relation comme condition du changement

Une autre dimension essentielle de cette lecture concerne la relation thérapeutique.

Rogers accorde une place fondamentale à l'empathie, à l'authenticité du praticien et à l'acceptation inconditionnelle de la personne. Il ne s'agit pas de tout approuver, ni de renoncer à son discernement, mais de rencontrer l'autre sans le réduire à ses symptômes, à son histoire ou à une représentation préétablie de ce qu'il devrait être.

Cette posture m'interpelle particulièrement dans ma pratique de la sophrologie existentielle.

Je retrouve cette attention portée à la rencontre de sujet à sujet : ne pas être simplement en relation avec l'image que nous avons de l'autre, mais rester disponible à ce qui se donne à vivre dans la rencontre, ici et maintenant.

Cela suppose également un travail sur soi de la part du thérapeute. Être authentique ne signifie pas tout dire de soi, mais pouvoir reconnaître ce qui se passe en soi dans la relation, sans laisser ses propres réactions prendre toute la place. C'est aussi apprendre à identifier ses mécanismes de défense et à ne pas les laisser faire obstacle à la rencontre.

Du vécu corporel à la remise en mouvement

C'est probablement dans les liens avec la sophrologie existentielle que cette lecture m'a le plus nourri.

Rogers parle de l'expérience organismique, de l'ouverture à l'expérience et de la capacité à accueillir ce qui se manifeste en soi. En sophrologie existentielle, nous travaillons également à partir de l'unité de la personne, dans ses dimensions corporelle et psychique.

Les exercices psychocorporels ne sont pas une fin en soi. Ils constituent des supports d'expérience. Les sensations, les émotions, les perceptions et les prises de conscience qui peuvent émerger pendant une séance deviennent autant de possibilités de découverte et d'intégration.

La pause d'intégration, le silence, puis le temps de phénoménodescription — cet échange verbal au cours duquel la personne met en mots son vécu — participent à ce travail.

Il ne s'agit pas de lui expliquer ce qu'elle doit ressentir ou de lui imposer une interprétation, mais de lui permettre de reconnaître et de s'approprier son expérience.

J'y retrouve une idée qui traverse toute ma compréhension de la sophrologie existentielle : remettre du mouvement là où la vie semble s'être figée.

Ce mouvement peut permettre de retrouver de l'adaptabilité, de la créativité et une plus grande liberté dans sa manière d'être au monde.

Liberté, créativité et devenir

Les réflexions de Rogers sur la créativité, la liberté et les sciences du comportement m'ont également beaucoup intéressé.

Il interroge notamment les risques que représentent les connaissances psychologiques lorsqu'elles sont utilisées pour contrôler, conformer ou orienter les individus vers un modèle prédéfini.

Cette réflexion me paraît essentielle pour toute pratique d'accompagnement. Aider une personne à évoluer ne devrait pas consister à la conduire vers un idéal que nous aurions choisi pour elle.

Il existe une différence fondamentale entre chercher à améliorer quelqu'un selon nos propres critères et lui offrir les conditions relationnelles nécessaires pour qu'il puisse découvrir ses propres possibilités.

Cela rejoint une conviction importante dans ma pratique : accompagner une personne, ce n'est pas décider à sa place de la direction qu'elle doit prendre. C'est lui permettre de retrouver suffisamment de confiance et de disponibilité intérieure pour choisir et construire sa propre manière d'exister.

Cette liberté n'est évidemment pas absolue. Nous sommes façonnés par notre histoire, notre environnement, nos relations et nos expériences. Mais nous ne sommes pas nécessairement condamnés à reproduire indéfiniment les mêmes réponses.

Deux approches, un même intérêt pour l'expérience humaine

Je ne cherche pas à confondre l'approche centrée sur la personne de Carl Rogers et la sophrologie existentielle. Elles ont leurs propres concepts, leur histoire, leurs références et leurs outils.

Mais je trouve particulièrement fécond de les mettre en dialogue.

Comme deux métiers qui travaillent une même matière avec des outils différents, elles peuvent éclairer certains phénomènes humains sous des angles distincts. Ce rapprochement ne signifie pas que leurs théories sont identiques, mais qu'elles peuvent parfois se rejoindre dans leur attention portée à l'expérience vécue, à la relation et à la capacité de devenir.

Cette lecture m'a ainsi permis d'affiner ma compréhension du processus thérapeutique, mais aussi de questionner ma propre posture de praticien.

Elle m'a surtout rappelé que l'accompagnement ne consiste pas à fabriquer un changement chez l'autre. Il s'agit plutôt de créer les conditions d'une rencontre dans laquelle quelque chose peut se découvrir, se transformer et reprendre vie.

Une lecture que je recommande à celles et ceux qui s'intéressent à la relation d'aide, à la psychothérapie humaniste et au développement de la personne.
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